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Hommage des Glénans à Hélène Viannay (04/01/2007)
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Plusieurs centaines de personnes ont rendu un dernier hommage à Hélène Viannay lors d'une cérémonie qui s'est tenue jeudi 4 janvier 2007 à la salle de la coupole du cimetière du Père Lachaise. A sa famille et ses amis se sont joints de nombreux membres des Glénans. Christine Fourichon, présidente des glénans de 1999 à 2005, a prononcé les mots suivants, rappelant le rôle de Philippe et Hélène Viannay dans la fondation et le développement de notre école de voile. |
Un souvenir d'Hélène vivant et partagé
"Il me revient l’honneur d’évoquer aujourd’hui le souvenir du rôle d’Hélène dans les Glénans. Nombreux sont ceux ici présents qui pourront en dire davantage. Nombreux aussi sont ceux, loin de nous, qui s'associent à cet instant. Je pense à tous les anciens des Glénans qui ont activement travaillé avec Hélène. Je pense à tous les plus jeunes, dont je fais partie, qui ont eu la chance de la rencontrer et d'échanger avec elle. Je peux enfin témoigner que les tout jeunes membres des Glénans, s’ils n’ont pas connu personnellement Hélène, font preuve d’une réelle fierté de participer à un projet humaniste, qu’ils savent issu de la résistance, porteur de valeurs essentielles, et dont ils tiennent à transmettre l’histoire. Tous, donc, auraient beaucoup à dire car Hélène a joué un rôle immense dans la naissance et l’essor des Glénans, et dans la vie de tous ceux qu’elle y a côtoyés.
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Une présence et un rôle essentiels dans la création et le développement des Glénans
La création des Glénans par Philippe et Hélène avait pour but de donner aux jeunes dont la vie avait été bouleversée par la guerre les moyens de se refaire une santé physique et morale et de se reconstruire. La présence d’Hélène et son rôle ont été essentiels tant dans la création que dans le développement des Glénans. Au tout début, après l’idée incroyable de créer un centre de vacances puis de voile dans l’Archipel de Glénan, Hélène rapportait, en toute modestie, avoir « donné quelques coups de main », à titre bénévole. En fait, elle a créé le premier fichier des membres, et s’est vite retrouvée en charge de toute l’organisation des stages sur les îles, toujours bénévolement. Chef de bord du côtre le Penfret, elle jouait également un rôle essentiel dans les équipages de croisière auxquels elle participait. Sur Sereine en course, sur les Mousquetaires rejoignant l’Irlande, son avis, toujours évoqué discrètement, influença grandement le cours des choses. En 1959, elle devient déléguée générale des Glénans. Dans cette mission, qu’elle assurera jusqu’en 1979, elle va gérer l’association avec rigueur et faire le nécessaire pour concrétiser les bonnes idées qui ne manquent pas d’y fleurir. Faisant preuve d’une intuition certaine pour choisir des collaborateurs de valeur, elle agira toujours avec charisme et droiture. Elle va ainsi donner un sens et une originalité aux Glénans dans la façon même de les diriger. Elle appliquera en effet, au quotidien et dans la durée, ses valeurs de sens du devoir et de l'honneur, et la fidélité aux idéaux auxquels elle croyait.
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Confiance et exigence, piliers de la responsabilité
Hélène était convaincue que la confiance et l’exigence sont les piliers de la responsabilité. Elle attachait donc beaucoup d’importance à repérer ceux qui pouvaient s’impliquer, et à leur confier des responsabilités. « Le fait d’avoir été dans la Résistance nous a habitués à choisir les hommes, à les inciter à s’engager », disait-elle. Ensuite, elle laissait ceux à qui elle avait accordé sa confiance faire du mieux qu’il leur semblait et assumer leurs choix, bref, prendre leurs responsabilités. Et nombreux se sont entendu dire : « Tu n’es pas d’accord pour faire ça ?… alors fais-le à ton idée ! ». Hélène était consciente de l’originalité et de l’importance dans la vie des Glénans d’accorder confiance et responsabilités, en particulier aux jeunes. Confier un bateau et son équipage à un jeune chef de bord d’à peine vingt ans, il fallait l’oser. Elle était naturellement fière que cela marche. Hélène était aussi une femme exigeante. L’expérience lui avait en effet montré que plus l’on demande aux gens, plus ils sont prêts à donner, et qu’attendre beaucoup permet d'obtenir encore plus. Confiance et exigence, les Glénans d’aujourd’hui sont heureux d’avoir hérité d’Hélène cet état d’esprit qui se transmet entre générations. Nombreux sont ceux à qui Hélène a fait confiance aux Glénans et qui sont prêts à en témoigner. Les stagiaires et moniteurs qu’elle a incités à transmettre aux autres ce qu’ils avaient reçu. Les jeunes présidents de l’association qui ont fait l'apprentissage des responsabilités institutionnelles aux côtés d'Hélène. Les bénévoles et salariés qu’elle a toujours su encourager à mettre leur énergie, leurs compétences et leur enthousiasme au service des Glénans. Je les laisserai se reconnaître. Tous se souviennent qu'Hélène a ainsi contribué à changer le cours de leur vie.
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Courage et convictions, moteurs de l'initiative
L’exemple d’Hélène aux Glénans nous a aussi montré que courage et convictions sont les moteurs de l’initiative au service d’un but. Là encore, le lien aux valeurs à l’origine de son engagement dans la résistance est certain. Dans sa vie aux Glénans, non seulement elle s’est attelée à mener sa mission, organisant, décidant, cherchant des solutions aux nombreuses difficultés que rencontre toute initiative ambitieuse, mais elle ne s’est jamais contentée de solutions ou situations quand elle ne les jugeait pas satisfaisantes, sous le prétexte que « c’est comme ça ». Hélène avait des convictions. Elle tenait à dire ce qu'elle avait à dire. Que ce soient approbations, encouragements, mais aussi désaccords ou regrets, elle exprimait ses points de vue avec une grande honnêteté. Quels que soient ses interlocuteurs, avec la même attention, le même respect d’autrui, tant pour un ministre ou un élu que pour un jeune stagiaire. Si elle m’a dit un jour qu’elle avait apprécié la liberté d’initiative qui existait dans les années d’après guerre, alors que créer les Glénans serait aujourd'hui difficile du fait d’un environnement de plus en plus contraignant, il ne faut pas croire que la tâche lui a été facile ni ignorer les obstacles multiples qu’elle a du surmonter pour développer les Glénans. Tout était à créer, à imaginer et à faire fonctionner, du démarrage du Centre de Formation Internationale dans l’Archipel de Glénan en 1947, à l’extension de l’Association Centre Nautique des Glénans qui a pris le relais ensuite. De l’organisation de la vie de dizaines de jeunes sur les îles d’un archipel merveilleux mais isolé, désert et sans ressources, à la création d’autres bases nautiques notamment en Bretagne, en Corse, mais aussi en Irlande ou à Venise. Elle s’y est engagée pleinement et y a mobilisé son énergie et celle des autres. Dans les récits de chacun, on mesure son courage et la volonté de se battre pour s'adapter en permanence, mais aussi pour contribuer à faire évoluer les règles quand c’était nécessaire. Et c’est aussi un modèle de l’initiative qu’Hélène a su développer et favoriser aux Glénans et qu’elle mettait en avant : toujours tirer parti de l'expérience pour progresser et faire évoluer les choses.
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Partage et ouverture, clés de la richesse
Cette école de voile singulière a vu le jour grâce à la conviction d’Hélène et de Philippe que le partage et l’ouverture étaient les clés de la richesse. Du projet initial, redonner à des jeunes le goût de vivre, est né le but de l’association : créer des liens entre les hommes et les femmes de tous les pays par la mer. Pour Hélène, l’accès à la mer, symbole de liberté inaccessible avait fasciné les jeunes au sortir de la guerre, mais c’est aussi l’ouverture à une autre culture, celle des pêcheurs, qui a permis d’apprendre à y vivre. Le souhait d’étendre ces connaissances a conduit à s’implanter sur d’autres rivages, riches de traditions différentes.La volonté de partager valeurs et savoirs a conduit à accueillir des jeunes de toute l’Europe. L’accès des jeunes à la voile a été rendu possible par un mode de formation original reposant sur la mise en situation et les leçons des expériences vécues ensemble. Hélène insistait : stagiaires et moniteurs apprenaient ensemble, cherchant à développer toujours plus d’autonomie. Les expériences étaient parfois délicates et le savoir-faire des Glénans en matière de sécurité en mer s’est construit en apprenant de chaque situation vécue, sans bien connaître au départ les risques possibles, mais sans en négliger aucun lorsqu’ils apparaissaient. C’est ainsi que sont apparues les premières brassières, la création des quarts de surveillance, … C’est aussi l’invention de bateaux pour la formation, en faisant des paris audacieux. Hélène tenait à souligner en particulier le rôle de pionnier de l'architecte Jean-Jacques Herbulot, capable de révolutionner la construction des bateaux à voile, créateur du Vaurien et de bien d’autres séries avec les Glénans. Dans cet esprit d’ouverture et de créativité, Hélène a toujours exprimé une admiration pour l'indépendance d'esprit et un profond respect des différences : « Il faut les considérer comme une chance et comme une vraie richesse », aimait-elle affirmer. Ainsi elle exprimait son idéal quant au rôle social des Glénans : vouloir croire en l'autre, donner à chacun une possibilité de s'investir, être ouvert aux évolutions possibles. Son résumé : elle souhaitait apprendre aux jeunes la démocratie.
Je terminerai cette présentation sur le rôle qu’Hélène a certainement joué aux Glénans quant à la place des femmes. Par conviction et comme modèle. Par conviction car pour elle, dès la création, la mixité était une évidence, tout comme dans la résistance. Dès le départ donc, les femmes ont accédé aux responsabilités sur la base de leurs compétences : monitrices et chefs de bord femmes dès les premières années ici présentes peuvent en témoigner. Comme modèle aussi, en tant que déléguée générale pendant 20 ans de la plus grande école de voile, dans un monde sportif qui n’y était pourtant pas prêt et dont elle a du vaincre les réticences. Ce poste a d’ailleurs principalement été confié à d'autres femmes depuis et tous les postes aux Glénans peuvent se décliner au féminin.
Si la contribution d’Hélène au développement d’une école de voile pas comme les autres est unanimement reconnue aux Glénans, l’originalité et la fermeté de ses convictions ont parfois dérangé d’autres milieux du monde de la voile. Quelle ne fût donc ma surprise lors du colloque formation de la Fédération française de Voile en décembre dernier d’entendre le vice-président venir spécialement expliquer à tous que les stages qu’il avait faits aux Glénans, qu’il a fréquentés dans les années 60 et quittés depuis longtemps, avaient joué un rôle essentiel dans sa formation d’homme. Qu’il était indispensable que les clubs de voile renouent avec l’école de la responsabilité qu’apporte le bénévolat dans le modèle Glénans. Ce modèle, c’est celui créé et développé longuement par et grâce à Hélène. Depuis, nous ne faisons que tenir le cap.
Pour conclure, je retiendrai quelques témoignages de l’attachement d’Hélène aux Glénans jusque dans ces dernières années, après une longue période de sa vie pleinement consacrée à l’association.
Hélène était présente aux fêtes du 50ème anniversaire des Glénans en 1997, sur l’île de Penfret qu’elle avait tant aimée, en compagnie de nombreux stagiaires des toutes premières années. Elle nous manquera à celles du 60ème. En 1998, fidèle à ses principes, elle a su, via le comité d’honneur, suivre la vie de l’association et faire connaître son désaccord sur certaines décisions de gestion, tout en respectant la responsabilité de ceux qui en assumaient la direction. En 2005, lors du lancement de Sereine, entièrement restaurée, elle nous a apporté son sourire et souhaité bonne chance. Son bonheur était entier de voir revivre par des jeunes la passion suscitée par ce bateau plus de 40 ans plus tôt. En 2000, lors d’un témoignage passionnant sur l'histoire des Glénans, elle avait conclu qu’elle trouvait extraordinaire que la force du bénévolat y soit toujours vivante dans le contexte actuel d’une société de plus en plus matérialiste. Elle se réjouissait que des jeunes toujours plus nombreux souhaitent y devenir moniteurs. Enfin, parmi les derniers messages dont elle a fait part à ses amis, Hélène a dit « Dîtes merci aux anciens des Glénans ».
Hélène a inspiré à tous aux Glénans une profonde admiration pour son charisme, pour sa capacité à mobiliser l’enthousiasme et l’intelligence au service de valeurs humaines, et pour son caractère exceptionnel. Au-delà de cette admiration, je tiens à dire également à la mémoire d’Hélène un grand merci au nom des Glénans : Merci d'avoir légué aux générations suivantes une si belle aventure. Merci d’avoir donné à chaque membre des Glénans, passé, présent ou futur, une chance de donner le meilleur de soi-même.
Notre peine à tous est grande."
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